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24h dans la peau d’un mari qui s’ennuie

« Ma vie est monotone. Je chasse les poules, les hommes me chassent. Toutes les poules se ressemblent, et tous les hommes se ressemblent » : L'exact reflet de mon existence. Noyé dans les limbes de l'ennui, je vogue, en effet, entre la torpeur et la monotonie. Seuls les rêves me façonnent un univers d'évasion au sein duquel les jours se suivent mais ne se ressemblent jamais… contrairement à mon quotidien…



06H00 : « Drinnnggg drinnnnnnng». Adoptant la régularité clinique avec laquelle le temps s'égrène, de sa sonnerie teigneuse, le réveil m'arrache du doux cocon des songes. Mais mon subconscient, lui, refuse de goûter de nouveau à mon pain quotidien depuis 1 an : l'ennui, ce mal qui me mine de l'intérieur, qui ronge mon couple et qui ôte toute sa saveur à mon existence au point de n'en laisser qu'un goût insipide.
Mais pressé par le temps, je me résigne à me déraciner des bras de Morphée, l'esprit encore embrumé par les volutes du sommeil. La cruelle réalité accoure alors pour empiéter sur mon existence : encore une journée à ressasser les mêmes tâches, à entretenir les mêmes conversations avec celle qui est censée être ma moitié, à plaquer un sourire sur mon visage et à feindre un bonheur qui s'acharne à se volatiliser.

07H00 : heure du petit-déjeuner : un rituel de plus. Fidèle à ses chères habitudes, elle se matérialise à mes côtés « afin de partager un instant ensemble avant une dure journée ». Brisant mon silence intérieur, je récite au même moment qu'elle sa litanie favorite du matin: « bonjour! Bien dormi? ». Et débute alors un chapelet de caquètement que mon ouïe ne perçoit même plus. Canalisant mon attention vers ses atours, avec horripilation, j'en note le style et les couleurs mal assortis : l'exact reflet de notre couple…

Las de cette vue, mon esprit préfère voguer vers un ailleurs plus captivant : un ailleurs qui ne porte pas toujours les mêmes atours, qui ne serine pas inlassablement les mêmes sujets de conversation, qui ne s'embourbe pas dans la monotonie, qui sait me surprendre et comprendre ce silence éloquent qui révèle mon mal être.

07H30 : moment de rejoindre le bureau. Ce n'est qu'à cet instant que la joie de vivre esquisse enfin son dessin sur mon visage : la liesse m'envahit à la perspective de me plonger quelques heures dans cette oasis d'effervescence au milieu du désert de mon existence. Le perpétuel mouvement qui y règne m'électrise… et en ce lieu, je ne me complais pas à respirer : j'ai véritablement le souffle coupé… Subjugué par cette fée à l'adorable minois du bureau, je me sens, en effet, revivre de nouveau, galvanisé par son intelligence et sa conversation : incarnant dans toute sa splendeur la négation de tout ce que j'en suis venu à abhorrer chez ma moitié, elle m'émeut, me transporte, m'exalte… M'extrayant des sinuosités de l'ennui, elle insuffle à mon existence cette griserie qui s'est envolée de ma vie de couple… mais je n'ose pourtant m'enivrer de la saveur de ce fruit défendu…

19H00 : Encore imprégné des effluves de la présence de la fée du bureau, je me blottis dans mon silence, contemplant cette sublime image résiduelle qui s'est crescendo gravée dans mon esprit au cours de la journée. Je m'exile alors dans mes pensées, indifférent au pépiement de ma moitié et à ses efforts pour me dérider : harassé par son penchant pour la monotonie, je me cloître dans les méandres de mon ennui pour vainement tenter d'en démêler les fils et retrouver ainsi la voie de la passion. Mais posant mes iris sur elle, ma vue ne perçoit qu'une silhouette qui n'éveille plus en moi que de lointains souvenirs : celle d'une déesse dont la beauté a été affadie par la conjugaison de l'inactivité, de la paresse et de la négligence, celle d'une femme dont le charme a été occulté par cette existence qu'elle a décidée de mener. Couché près d'elle, je n'ai alors plus que sommeil. Je rejoins donc Morphée, plongeant ainsi dans un univers empli d'espoir : peut-être que demain, l'existence daignera t-elle enfin à se déparer de cette langueur ?



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