24h dans la peau d'une péripatéticienne
De leur éclat doré, les dernières lueurs du soleil enrubannent dans leur monde de quiétude cette fin de journée passée dans mon chez-moi. Lové dans toute la magie du moment, mon esprit s'arrache à regret de cette douceur pour se replonger dans toute la cruauté de la réalité. Les facettes de ma personnalité se couchent alors avec le disque d'or pour m'emmurer dans la peau d'une autre : celle d'un être avili par les attouchements mais qui continue d'évoluer dans ce sombre univers pour pouvoir choyer sa petite fille… celle d'une femme qui se drape des loques de sa fierté pour ne pas se laisser briser par les insultes et le mépris…
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Pour mon petit ange… 19h00. A l'heure où les cascades de rires et de joie des enfants retrouvant leurs parents perlent chaque foyer, sur le visage de mon bout de chou coule la sinuosité de tristesse formée par ses larmes. Ses iris de 4 ans ont, en effet, appris à déchiffrer le sens de cette heure que les aiguilles de la montre pointent avec tant de détermination : c'est le signe que maman doit partir « travailler ». De son regard où l'innocence se noie dans les larmes, elle me supplie alors de rester mais ma présence tous les soirs constitue l'unique chose que je ne peux lui accorder… Faute de ces moyens dont la nuit garnit mon portefeuille, je me trouverais, en effet, dans l'impossibilité de lui offrir la meilleure école, les plus belles robes, les plus jolies poupées… Et la quintessence de l'existence, je me suis juré de toujours l'offrir à cette petite frimousse. Cette petite frimousse qui, pendant 6 mois, a erré de faim dans chaque recoin de la maison, qui a péri d'ennui sans ses jouets et qui n'a pu retrouver ses amies à l'école parce que la vague de la crise a emporté mon emploi avec elle.
Je ne séduis pas… j'aguiche Dans ma solitude et mon désespoir, seul l'univers de la nuit ne m'a pas opposé un mur d'indifférence : le soir a un jour conduit mes pas dans un club où je devais retrouver des amies et où un homme m'a abordé en me proposant gentiment de lui tenir compagnie, « moyennant un petit cadeau». Surprise, humiliation, dégoût. Passant à travers les affres de ces sentiments, ma fierté s'est rebellée face à cette proposition… mais, telles des volutes de fumées, ces réticences se sont évaporées lorsque l'image de mon petit ange affamé s'est imposée dans mon esprit : cette quintessence de l'existence que je me suis promis de lui offrir, je pouvais la lui donner rien qu'en sacrifiant mon orgueil et ma fierté… J'ai alors décidé de me donner à la nuit malgré le dégoût que cela m'inspirait.
Depuis, chaque soir, cette autre femme qui sommeille en moi se pare de ses plus beaux atours dans les restaurants ou les bars non pas pour séduire mais pour aguicher ces hommes riches en quête de compagnie… Pour cette femme, en effet, le plaisir de faire succomber un homme à ses charmes se quantifie par les « cadeaux » faramineux dont elle est récompensée. Chaque soir, durant quelques heures, au nom de l'argent, cette femme fait alors mine de s'abandonner dans ces bras anonymes tout en sentant la répulsion battre la chamade dans le secret de son cœur.
Dans son silence, la nuit me porte alors vers un univers sombre où mon corps est avili par les attouchements. Mais dans son silence aussi, la nuit emplit l'existence de mon petit ange d'un bonheur que le jour ne saurait lui offrir. Et, pour cela, quoi que les invectives de ceux qui ne comprennent pas puissent clamer, je lui en serais toujours reconnaissante.
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