Véronique Vouland-Aneini : « Le Sommet de la Francophonie, est un événement majeur pour la diplomatie malgache et Madagascar »

Véronique Vouland-Aneini : « Le Sommet de la Francophonie, est un événement majeur pour la diplomatie malgache et Madagascar »

Politique | 18/11/2016

Les projecteurs seront braqués sur Madagascar à compter du 21 novembre, à l’occasion de la tenue du XVIème Sommet de la Francophonie Antananarivo 2016. A moins d’une semaine de l’ouverture d’un rendez-vous international qui s’annonce historique pour Madagascar, l’ambassadeur de France à Madagascar, Véronique Vouland-Aneini, jette un regard confiant sur l’organisation, tout en abordant le sujet des enjeux majeurs de la tenue d’un tel Sommet, à l’occasion d’un entretien exclusif accordé à Orange actu – www.orange.mg

 

A quelques jours du Sommet de la Francophonie, quel est votre sentiment quant aux derniers préparatifs concernant l’organisation, les infrastructures. Madagascar sera-t-elle prête à temps ?

Tout le monde est mobilisé pour faire de ce rendez-vous international un véritable succès pour Madagascar sur la durée. La réussite de la Grande Ile, son rayonnement au-delà de ses frontières lors de cet événement, est notre souhait commun à tous.

Concernant le détail de l’organisation, les infrastructures, il me semble que Madagascar sera prêt. Si on a pu avoir des doutes dans le passé, ils sont totalement levés. Le centre de conférence est opérationnel, l’hôtel adjacent est ouvert et les infrastructures sont en état de fonctionner. Le Village de la Francophonie est d’une très grande qualité et est sorti de terre très rapidement. L’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) dit même que c’est le plus beau Village de la Francophonie depuis longtemps.

Le comité d’organisation du XVIe sommet de la francophonie est pleinement investi dans sa mission et a eu l’occasion à plusieurs reprises de faire le point sur ce sujet. Je vous renvoie notamment à l’ITW de son délégué général.

 

Aujourd’hui, quels sont les enjeux majeurs de la tenue d’un tel Sommet à Madagascar ?

C’est la première fois que la Grande Île accueille un tel rendez-vous international. Ce Sommet de la Francophonie sera le deuxième organisé dans la zone océan Indien, après celui de Grand Baie (Maurice) en 1993. Une trentaine de chefs d’Etat sont attendus, peut-être davantage d’ici les prochains jours.

Madagascar va accueillir le monde francophone. Ce sommet de l’OIF est un évènement majeur pour la diplomatie malgache. C’est l’occasion de réaffirmer l’appartenance de Madagascar à cette organisation internationale qui est un formidable espace de dialogue et d’échanges à tous les niveaux, politique, économique, diplomatique, etc.

Si vous me le permettez, pour bien saisir quels sont les multiples enjeux de ce sommet, il faut tout d’abord comprendre ce qu’est la francophonie, ce qu’elle représente dans le monde.

La famille francophone ce sont tout d’abord des femmes et des hommes partageant une langue et les valeurs qui s’y rattachent. Cette famille est grande et variée. Ce qui caractérise le mieux sa richesse est certainement sa diversité. La francophonie ce n'est pas que la France : les français sont statistiquement minoritaires dans la famille francophone (un quart). C'est avant tout l'Afrique, les Amériques, l’Asie, le Pacifique, L'Europe. Ce sont autant de partenaires d’échanges et d’avenir pour la Grande Ile.

Gilles Vigneault, célèbre auteur, compositeur et interprète québécois a défini avec justesse l’espace francophone comme étant « un vaste pays sans frontières. Celui de la langue française. C'est le pays de l'intérieur. Un pays invisible, spirituel, mental, moral qui est en chacun de nous ».

Appartenir à la francophonie c’est certes défendre la langue que nous avons en partage, le français, mais c’est aussi et surtout affirmer des valeurs. Et la première d’entre elle, c’est la démocratie.

Vous l’aurez compris, appartenir à l’espace francophone ,à la francophonie, va donc bien au-delà de la défense même du français. C’est une volonté d’ouverture sur le monde, une opportunité de création de liens à travers cinq continents, un espace de solidarité privilégié au sein duquel nous partageons des valeurs universelles communes  de fraternité, de solidarité, d’ouverture, d’écoute, de dialogue, et le  plaisir d'être ensemble, chacun dans sa différence. L’espace francophone est un espace solidaire et propice aux échanges, à l’enrichissement mutuel.

Accueillir ce sommet ici, chez vous, c’est donc réaffirmer un engagement à partager ces valeurs et se faire le porte-voix de ces messages au nom de la liberté et des droits, à l’endroit de tous : s’ouvrir au monde, favoriser les échanges, défendre la diversité culturelle, faire le choix de l’avenir,  affirmer des valeurs, voilà autant d’enjeux majeurs de ce XVIe sommet de la francophonie pour Madagascar.

Le Sommet de la francophonie c’est pour Madagascar l’occasion de prendre de nouvelles initiatives.

 

Au-delà des résolutions et des décisions fortes qui seront certainement prises au cours du Sommet, quelles peuvent être les retombées concrètes auxquelles peuvent s’attendre le pays hôte et sa population ?

L’accueil de grands événements internationaux constitue en soi un véritable moteur pour la croissance économique et touristique des pays hôtes.

Le XVIe sommet de la francophonie va générer une augmentation automatique du nombre de visiteurs, induire d’importantes retombées économiques, favoriser la création d’emplois, directs et indirects, valoriser les nombreuses richesses et savoirs faire de la Grande Ile.

C’est une formidable publicité pour ce pays dont profitera son économie. Les retombées les plus importantes à moyen terme pour Madagascar vont, je le pense, surtout se situer du point de vue de son  rayonnement international. Ce  XVIe sommet de la Francophonie c’est avant tout un moment charnière en termes d’image pour la Grande Ile. En effet, des centaines de médias vont élire domicile pendant près d’une semaine voire plus sur l’Ile rouge.

C’est donc une très belle opportunité à saisir pour tous les Malgaches de promouvoir et valoriser leur territoire, leurs savoirs faire, leur capacité d’accueil.

Pour compléter mon propos, je rappellerai que le français est la 3ème langue des affaires ; le français n’est pas uniquement langue littéraire ou diplomatique, mais une langue d'innovation, du développement au sens large (économique, social), du numérique dans un monde toujours plus dématérialisé et connecté.

Le français met les gens en réseau, renforce les liens au sein d'un espace économique décomplexé. C'est toute l'idée d'une «francophonie économique» : celle de développer un système capable de répondre de manière pragmatique aux attentes et besoins de la jeunesse.

Le français est la 4e langue Internet par le nombre d'utilisateurs ; c’est la 3e langue la plus utilisée sur les blogs, la 4e pour les contenus web (dont Wikipedia) et la 4e pour les réseaux sociaux.

Au-delà de nouvelles initiatives qui seront prises lors de ce XVIe  Sommet de la francophonie, nous avons déjà listé un grand nombre de retombées concrètes auxquelles peut s’attendre Madagascar.

Concrètement, ce sera une grande fierté pour les malgaches d’avoir réussi cet exploit, et nous la partagerons avec un grand bonheur. C’est quand même formidable d’y arriver. Madagascar n’était pas le pays le mieux préparé, or on s’aperçoit que l’effort est considérable. Et ça c’est extrêmement positif parce que Madagascar s’apprête à montrer au monde sa capacité d’accueil pour des événements de cette envergure. C’est extrêmement positif pour le positionnement de Madagascar sur le plan international.

Au-delà de l’aspect diplomatique, il y a aussi la capacité matérielle à organiser ce type de sommet. Les infrastructures vont rester. Vous allez d’ailleurs exploiter ces infrastructures puisque vous allez accueillir dans la foulée le Mondial de pétanque qui est aussi un énorme événement. Réussir à faire coup sur coup autant d’événements internationaux, c’est assurément un point très positif  pour l’économie malgache.

 

Le cadre stratégique de la Francophonie 2015-2022 définit quelques objectifs, dont notamment celui de soutenir l’innovation et la créativité au service de l’économie dans une perspective de développement durable. Quelles sont les actions menées par la France à Madagascar pour réaliser ces objectifs ?

Pour vos lecteurs, permettez-moi d’apporter un éclairage sur ce qu’est le cadre stratégique de la francophonie. Il a pour objectif de formuler de grandes orientations et principes directeurs qui engagent les organismes de la francophonie (OIF, APF par exemple), ses opérateurs directs (AUF, TV5Monde, AIMF) mais aussi ses conférences ministérielles permanentes. Il fixe donc des objectifs aux instances de la Francophonie.

Attention donc à ne pas tout confondre. Les instances de la francophonie sont gérées par l’OIF qui est une structure transnationale forte de 80 Etats membres et observateurs. Encore une fois la Francophonie ce n'est pas (que) la France. Je vous rappelle que les Français sont statistiquement minoritaires dans la famille francophone (un quart).

Cependant il y a bien des objectifs communs à l’OIF et à la France. Un de ces objectifs majeurs est de contribuer à améliorer le niveau de vie des populations en les aidant à devenir les acteurs de leur propre développement. C’est notamment ce qui guide le sens de notre action ici, à Madagascar.

Nous contribuons ainsi à l’innovation et la créativité au service de l’économie dans une perspective de développement durable dans les domaines de l’économie numérique, l’économie sociale à travers le fonds PISCCA de l’Ambassade de France à Madagascar ou de l’économie verte programmes agro-écologiques et de soutien au secteur privé de l’AFD Madagascar.

 

La stratégie jeunesse de la Francophonie 2015-2022 indique qu'à l'horizon 2022, je cite "les jeunes femmes et hommes francophones seront des acteurs essentiels du développement durable de notre espace, bénéficiant d'une éducation et d'une formation de qualité, assortie d'opportunités d'intégration socioprofessionnelle". Quelles sont les actions palpables menées par la France pour soutenir Madagascar dans la mise en place, entre autres, d'une éducation de qualité?

Notre stratégie de soutien au secteur de l’éducation intervient sur différents niveaux et à travers plusieurs opérateurs français à Madagascar :

1.Institution culturelle emblématique de la capitale, l'Institut français de Madagascar demeure l'un des principaux leviers du soutien à la diffusion du savoir à travers une programmation culturelle riche et variée toute l’année (cinéma, concerts, pièces de théâtre, expositions, spectacles, lectures publiques, etc.).

2.Le réseau des Alliances françaises (de droit malgache) que nous soutenons est également  un  très bon exemple de notre action dans ce domaine.  Avec  29 Alliances françaises à Madagascar, ce réseau vient compléter l’action de l'IFM. Pour vous donner un ordre de grandeur de leurs activités, les Alliances françaises à Madagascar ont, en 2015, organisé quelque 592 manifestations culturelles ouvertes au public, 288 ateliers et clubs réservés aux adhérents et accueilli 219 868 spectateurs.

3.Notre soutien  se décline aussi au travers de projets de coopération éducatifs. le projet MAPEF  (qui signifie Madagascar Appui à l’Enseignement du et en Français), est actuellement en cours avec l’appui du gouvernement malgache. Il vise à améliorer l’enseignement du et en français à Madagascar et s’inscrit dans le cadre d’une volonté affichée par les autorités nationales de mettre en place un enseignement de qualité dans un environnement bilingue. Le projet MAPEF aujourd’hui en chiffres c’est : 3 experts techniques internationaux à plein temps sur ce projet d’éducation, 6 758 enseignants formés depuis 2014, près de 15 000 manuels de formation distribués (manuels de formation méthodologique, pédagogique, linguistique) et ce à travers 7 grandes villes de la Grande Ile : Antananarivo - Antsirabe – Antsiranana – Fianarantsoa – Mahajanga – Toamasina – Toliara

4. L’Agence Française de développement à Madagascar (AFD), opérateur du Ministère des Affaires étrangères français, fait de l’éducation une priorité. Au cours des 10 dernières années, l’AFD à Madagascar a soutenu pour près de 37 millions d’euros différents projets ayant trait à l’éducation ou au système éducatif.

Aujourd’hui, le principal projet de l’AFD sur ce secteur est le Projet pour l’Amélioration de la Qualité de l’Education à Madagascar (AQUEM). Il a pour objectif de favoriser le développement d'une éducation de qualité et pour tous à Madagascar. Concrètement il s’agit de former suivre et encadrer les enseignants dans le primaire et secondaire, moderniser leur équipement et renforcer les capacités de gestion et de pilotage humain et financier au niveau central et en région, grâce à une subvention de 10.000.000€.

5. Le lycée français de Tananarive scolarise près de 1300 élèves de diverses nationalités. S'y ajoutent quatre écoles primaires et de nombreux autres établissements du réseau aefe d’enseignement français.

6. Enfin, et elles sont très importantes, il faut citer les ONG françaises soutenues par un financement, notamment de l’Agence Française de Développement (AFD). Il faut savoir que sur 200 ONG référencées auprès du Ministère des Affaires étrangères malgache, près de 130 sont françaises (en 2015). Ces ONG œuvrent notamment dans le domaine de l’éducation et de la formation professionnelle. Toujours en 2015, l’AFD a accordé plis de 7 M€ aux ONG à Madagascar, répartis sur 17 projets.  Madagascar est le 1er pays bénéficiaire au monde en termes de financements d'ONG par l'agence française de développement.

Loin d’être exhaustif, ce survol montre la grande diversité des projets mis en œuvre par la France pour soutenir Madagascar dans le domaine de l’éducation et de la formation de la jeunesse. Car il  existe aussi de nombreux outils de coopération franco-malgache éducative à travers Campus France ou bien encore la coopération universitaire et scientifique. L’éducation est un droit humain fondamental essentiel à l’exercice de tous les autres droits. Le secteur de l’éducation est une priorité absolue. Elle fonde le socle commun d’un monde plus juste, plus solidaire, plus équitable.

 

En 2014, dans sa résolution, la XVème Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, avait encouragé je cite « les nouvelles autorités et les acteurs politiques et sociaux malgaches à tout mettre en œuvre pour consolider la démocratie, l’État de droit, la bonne gouvernance, la paix, la stabilité, la réconciliation et l’unité nationales». Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur cette résolution eu égard de la réalité que vous vivez au quotidien depuis votre arrivée à Madagascar ?

La démocratie est avant tout un processus. Tous les pays ne s’y sont pas engagés en même temps.  La route est souvent ardue et les risques de retours en arrière existent toujours. Depuis trois ans et le cycle d’élections de 2013, Madagascar a remis en ordre de marche ses institutions démocratiques. Sans elles, pas d’exercice démocratique possible. Il fallait donc le faire. C’est fait. Les structures sont là. Maintenant, la place est à la pratique démocratique, sans doute plus difficile encore à mettre en marche. C’est aux Malgaches eux-mêmes de la définir, de la renforcer et de la défendre.

 

Le 28 novembre, au lendemain du Sommet de la Francophonie, qu’est-ce que les Malgaches devront retenir avant de replonger dans leur quotidien ?

Attendons de voir ce que les Malgaches eux-mêmes retiendront de ce sommet historique. Je ne veux pas parler en leur nom. Ce que je veux dire, c’est qu’ils pourront être vraiment fiers de ce qu’ils auront accompli pour faire connaitre au monde leur beau pays, sa richesse et sa diversité. Des centaines de médias vont élire domicile pendant près d’une semaine voire plus sur l’Ile rouge et ils repartiront en connaissant mieux le pays en ayant envie d’y revenir. Cela va très certainement amorcer un courant d’échanges et un courant d’affaires qui seront très positifs pour les Malgaches. Le lendemain ils ne s’en rendront sans doute pas compte, mais c’est le point de départ d’une nouvelle relation de Madagascar avec le monde. Jamais Madagascar n’avait accueilli un événement aussi important. Au lendemain du Sommet de la Francophonie il y aura la Conférence des bailleurs et des investisseurs qui se tiendra à Paris, et ça aussi c’est une étape très importante.

 

Propos recueillis par Renaud Raharijaona

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