La malnutrition ce mal silencieux de Madagascar

La malnutrition ce mal silencieux de Madagascar

Société | 11/05/2017

Le symposium pour la nutrition a commencé ce jour au CCI Ivato, et va se dérouler jusqu’au Vendredi 12 mai. A cette occasion, l’Office National de Nutrition a présenté le troisième volet du Plan National d’Action pour la Nutrition, en partenariat avec le Système des Nations Unies, de l’UNICEF et d’autres organisations internationales, et sous l’égide de la primature et de la présidence.

En termes de chiffre, plus de deux millions d’enfants de moins de 5 ans sont touchés par la malnutrition chronique à Madagascar, et un bébé sur deux est victime d’un retard de croissance.

Une lutte intra-intersectorielle

La malnutrition n’est pourtant que la somme des maux du malgache lambda car, au-delà de l’insuffisance alimentaire, c’est l’addition des problèmes de santé, d’hygiène, et la non-connaissance des bases de la nutrition qui cause la malnutrition ; des facteurs qui s’héritent de génération en génération, de la mère à l’enfant.

Malgré l’engagement du Président Hery Rajaonarimampianina ce jeudi 11 mai à poursuivre les mêmes axes stratégiques de lutte contre la malnutrition que l’on a vu dans le Plan National d’Action pour la Nutrition I et II, le fait est que sur le terrain, la nutrition des enfants et des mères se retrouve en bas de la liste des priorités locales ou régionales. L’UNICEF souligne d’ailleurs que cela est dû au nombre d’interventions limité ou encore à la faible couverture des zones d’interventions. Au final, les interventions n’ont donc que peu ou pas d’impact à l’échelle nationale.

Bien que nombreuses ONG et organisations internationales essaient de remédier au problème non seulement par la sensibilisation des habitants, mais aussi à travers des dons d’aliments de bases et de compléments alimentaires aux populations, si une politique nationale n’est pas mise en place efficacement, de manière transversale et multisectorielle, les zones les plus rurales de la Grande Ile ne cesseront d’être la proie de la malnutrition.

Un besoin de coordination

Pour cela, différents ministres, et partenaires techniques et financiers, nationaux ou internationaux, doivent se coordonner. Une amélioration de l’hygiène (et donc une baisse de la prévalence de la diarrhée), l’appui des agents communautaires pour la sensibilisation des populations locales, et l’amélioration des centres de santé de base, pourrait réduire significativement le taux de malnutrition dans le pays, qui s’élève à 47% pour la malnutrition chronique qui touche toutes les régions de la Grande Ile.

Les instances internationales promettent ainsi 48 millions de dollars par an d’investissement, soit 12 millions de plus que pour le précédent plan. L’objectif serait d’abaisser le taux de malnutrition à 38% d’ici 2021, le taux d’insuffisance pondérale à 25% contre 37% aujourd’hui, et de garder le taux de malnutrition aigüe sous la barre des 5% contre 9% aujourd’hui, majoritairement dans le Grand Sud.

Ces objectifs sont tout à fait réalisables, pourvu que l’un des axes de ce plan soit bien mis en place ; l’axe de la gouvernance. Le plan doit en effet être exécuté, contrôlé, et appliqué à tous les niveaux, que ce soit national, régional ou local. Le Pérou, le Bangladesh ou encore le Kenya sont de très bons exemples à suivre dans ce sens. D’après Gerda Verburg, Secrétaire Adjoint des Nations unies et coordinateur du mouvement SUN (Scaling Up Nutrition), en visite dans la Grande Ile cette semaine, «la lutte contre la malnutrition entraînera un gain de 15 % sur l’économie en général. »

Un manque économique à gagner

En effet, Madagascar perd ainsi de la productivité, car la malnutrition cause différents risques de santé, autant physique que mentale. Une étude estime que le coût de l’inaction pour le pays est de 740 millions de dollars, soit 7% du PIB à cause de la malnutrition, rien qu’en termes de productivité ou de soins. Quand 2 millions d’enfants sont incapables de suivre une scolarité normale, c’est 2 millions de chômeurs, ou d’emplois très peu rémunérés. Car un enfant mal nourri assume un retard de croissance et de développement cognitif considérable.

Il s’agit donc, d’après le Système des Nations Unies, non seulement d’augmenter la quantité de nourriture disponible pour la population, mais aussi sa qualité, et sa variété. Il faut ajouter à cela des initiatives multisectorielles, dans l’assainissement de l’eau, l’amélioration des conditions d’hygiène, ou la sensibilisation à l’allaitement. Cela passe par la santé de la mère, puis des enfants et des bébés, car « il faut soutenir la nutrition des bébés pour les 1000 premiers jours pour qu’ils arrivent à une meilleure croissance mentale et physique. »

Le Plan National d’Action pour la Nutrition III appelle à un quatrième volet, d’ici 2020, mais l’espoir est que la malnutrition, ce mal silencieux, mais dévastateur n’impute pas encore plus l’avenir des générations futures.

HHO

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